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J

La chanson de Lisa

 

 

 

Si l’idée originale de cette histoire, ainsi que les consignes de rédaction, de dessin et les finitions, sont de Jacques-Henri Jayez, la mélodie et la poésie finale de Renée Jayez, le corps du texte lui-même a été rédigé par un travail conjoint des logiciels d’IA Claude conçu par Anthropic, pour le texte, et ChatGPT développé par OpenAI, pour les dessins.

 

 

      

 

 

Une étrange sensation

 

La petite chambre de Lisa s'illuminait progressivement sous les premiers rayons du soleil printanier. Les murs, tapissés d'un bleu pâle parsemé d'étoiles, semblaient reprendre vie à mesure que la lumière les caressait. Dans un coin, sur un coussin rond aux couleurs vives rouge et jaune, Hector avait ouvert les yeux, observant sa jeune maîtresse avec une attention singulière.

 

Lisa s'éveilla doucement, étira ses bras fins et tourna aussitôt son regard vers son fidèle compagnon. Leurs yeux se croisèrent, comme ils l'avaient fait des milliers de fois auparavant, mais, ce matin-là, quelque chose paraissait différent.

 

— Bonjour, Hector, murmura-t-elle en lui adressant ce sourire qu'elle ne réservait qu'à lui.

 

Le gros chien au pelage caramel et au museau tacheté de blanc, remua la queue, mais resta immobile, comme si quelque préoccupation le retenait. Lisa perçut cette inhabituelle retenue et fronça légèrement les sourcils.

 

— Qu'y a-t-il, mon vieux ? Tu as mal quelque part ?

 

Elle s'approcha de lui et le caressa délicatement. Hector la fixa intensément, ses yeux noisette brillant d'une lueur que Lisa n'avait jamais remarquée auparavant. Il y avait là une profondeur, une intelligence qui dépassaient leur complicité familière.

 

Depuis quelques semaines déjà, Lisa avait noté des changements dans l'attitude de son compagnon. Des regards insistants, comme s'il tentait désespérément de communiquer quelque chose d'important. Des gémissements plaintifs sans raison apparente. Cette façon qu'il avait de poser sa patte sur sa main quand elle lisait, comme pour attirer son attention sur un sujet urgent.

 

Ce matin-là, tandis que les bruits familiers de la maison commençaient à se faire entendre — sa mère préparant le petit-déjeuner, son père rangeant les affaires du salon — Lisa resta assise au pied de son lit, contemplant son chien avec une curiosité grandissante.

 

 

 

— J'aimerais tellement savoir ce que tu veux me dire, Hector, soupira-t-elle. J'ai parfois l'impression que tu comprends tout, absolument tout.

  •  "Et si je te disais que c'est en effet le cas, Lisa ?"

 

La petite fille sursauta. La voix, douce et légèrement rauque, semblait avoir résonné directement dans sa tête, sans passer par ses oreilles. Elle scruta les alentours, cherchant l'origine du son, mais sa chambre était vide, hormis Hector qui la fixait toujours avec la même intensité.

 

— Qui a parlé ? demanda-t-elle, tremblante.

  •  "C'est moi, Lisa. Moi, Hector."

 

À ces mots, elle ne put ignorer l'évidence. La voix provenait d’Hector, ou plutôt, elle se manifestait dans son esprit au moment précis où elle croisait le regard du toutou.

 

— C'est impossible, murmura-t-elle, pétrifiée. Les chiens ne parlent pas.

— "Nous n'utilisons pas de mots comme les humains, c'est vrai. Mais nous communiquons, à notre façon. Et aujourd'hui, pour la première fois, tu peux m'entendre."

 

Lisa demeura immobile, le cœur battant à tout rompre. Était-elle en train de rêver ? De devenir folle ? Ou assistait-elle à un miracle, un de ces événements extraordinaires, dont regorgent les contes qu'elle dévorait chaque soir avant de s'endormir ?

 

— Comment est-ce possible ? articula-t-elle finalement.

 

Hector se leva de son coussin et vint s'asseoir devant elle, posant sa tête sur ses genoux avec une tendresse infinie.

 

— "Je l'ignore, Lisa. Peut-être est-ce parce que tu es spéciale ? Ou que nous partageons un lien unique ? Ou encore parce que j'ai quelque chose d'important à te dire, et que l'univers a décidé de nous donner cette chance."

 

Des larmes d'émerveillement coulèrent sur les joues de la petite fille.

 

 

 

Elle caressa les oreilles d’Hector avec une douceur nouvelle, comme si elle redécouvrait son compagnon sous un jour différent.

 

— Que veux-tu me dire ? demanda-t-elle dans un souffle.

— "Tant de choses, Lisa. Tant de choses que j'ai observées pendant mes douze années d'existence. Sur les humains, sur les chiens, sur le monde que nous partageons. Mais avant tout, je voudrais te parler de mes frères et sœurs qui souffrent, de tous ces chiens qui, contrairement à moi, n'ont pas eu la chance de rencontrer une amie comme toi."

 

La porte de la chambre s'ouvrit brusquement, laissant apparaître la mère de Lisa, déjà habillée pour sa journée de travail, un sourire bienveillant aux lèvres.

 

— Tu es réveillée, ma chérie ? Le petit-déjeuner est prêt, et tu vas être en retard pour l'école si tu ne te dépêches pas.

 

Lisa cligna des yeux, comme sortant d'une transe. Elle jeta un regard confus à Hector, qui avait repris son attitude normale de chien affectueux, la queue battant doucement le sol.

 

— J'arrive, Maman, réagit-elle mécaniquement.

 

Sa mère referma la porte, et Lisa se pencha vers Hector, chuchotant avec urgence :

 

— Est-ce que c'était réel ? Est-ce que tu peux vraiment me parler ?

 

Pour toute réponse, Hector lui lécha la main, ses yeux exprimant une tendresse infinie. Mais la voix dans son esprit était désormais silencieuse.

Lisa se prépara rapidement, la tête tourbillonnant de questions étonnantes. Avait-elle inventé cet échange ? Était-ce le fruit de son imagination débordante, cette même imagination qui lui valait souvent les remarques de ses professeurs sur sa tendance à "être dans la lune" ?

 

Pourtant, tout avait semblé si réel, si authentique. La voix d’Hector, grave et douce à la fois, empreinte d'une sagesse que seul un être ayant longuement observé le monde pouvait posséder.

 

Pendant le petit-déjeuner, la fillette resta silencieuse, répondant par monosyllabes aux questions de ses parents. Son regard revenait sans cesse vers Hector, qui s'était installé dans son panier près de la table de la cuisine et paraissait somnoler paisiblement.

 

 

 

— Tu es bien pensive ce matin, remarqua son père en repliant son journal. Quelque chose te préoccupe ?

 

Lisa hésita. Comment expliquer ce qu'elle venait de vivre, sans passer pour une enfant fantasque ?

 

— Non, rien d'important, répondit-elle finalement. Je réfléchissais juste à... à un livre que j'ai lu hier soir.

— Encore un de tes contes fantastiques ? sourit sa mère en débarrassant la table.

— Quelque chose comme ça, acquiesça Lisa, songeant que la réalité avait peut-être dépassé la fiction la plus audacieuse.

 

Le chemin vers l'école fut pour Lisa une succession de paysages flous, tant son esprit restait accaparé par l'étrange événement du matin. Les rues familières de son quartier défilaient sans qu'elle y prête attention, les salutations des voisins recevaient des réponses distraites, et même madame Leroy, la boulangère qui lui offrait invariablement au passage une friandise au chocolat, remarqua son air absent.

 

— Tu me parais bien préoccupée ce matin, ma petite Lisa, commenta-t-elle en lui tendant sa gourmandise habituelle. Un problème à l'école ?

— Non, madame Leroy, tout va bien, merci, la rassura la fillette avec un sourire forcé. Je suis juste un peu fatiguée.

 

La journée de classe s'étira interminablement. Assise à son pupitre près de la fenêtre, Lisa voyait les nuages défiler dans le ciel bleu, se demandant si elle aurait droit à une nouvelle conversation avec Hector à son retour, ou si cette expérience extraordinaire resterait à jamais unique.

 

Lorsque la cloche sonna enfin la fin des cours, Lisa rangea précipitamment ses affaires et quitta l'école en courant, ignorant les appels de ses camarades qui l'invitaient à jouer dans le parc voisin. Elle n'avait qu'une hâte : retrouver Hector et découvrir si le miracle du matin pouvait se reproduire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une conversation extraordinaire

 

Quand Lisa poussa la porte de la maison, Hector l'accueillit avec son enthousiasme habituel,

 

 

 

tournant autour d'elle en jappant joyeusement. Rien dans son comportement ne trahissait la singularité de leur échange matinal.

 

— Papa ? Maman ? lança Lisa.

 

Elle n'obtint pour toute réponse que le silence. Un mot aimanté sur le réfrigérateur lui rappela que sa mère avait une réunion importante cet après-midi et que son père ne rentrerait pas avant dix-neuf heures. Lisa se retrouvait donc seule avec Hector pour les deux prochaines heures, une situation qui, aujourd'hui, prenait une dimension particulière.

 

Elle s'agenouilla devant son chien et plongea son regard dans le sien.

 

— Hector, est-ce que tu m'entends ? Est-ce que tu peux me parler comme ce matin ?

 

Pendant quelques instants, rien ne se produisit. Hector la fixait avec l'affection simple et directe qu'on attend d'un animal domestique. Lisa sentit la déception l'envahir. Avait-elle tout imaginé ?

 

Puis, soudain, la voix revint, aussi claire que lors de leur première conversation :

 

— "Je suis là, Lisa."

 

La petite fille fut prise d'un long frisson. Ce n'était pas un rêve, pas une hallucination. Quelque chose d'extraordinaire se produisait réellement entre elle et son fidèle compagnon.

 

— Oh, Hector ! s'exclama-t-elle en le serrant contre elle. J'ai cru que j'avais tout inventé !

— "Je comprends ta confusion, Lisa. Ce qui nous arrive n'est pas courant, même si les liens entre humains et chiens sont anciens et profonds."

 

 

 

Lisa s'installa confortablement sur le tapis du salon, Hector lové contre elle. Une multitude de questions se bousculaient dans son esprit.

 

— Comment cela fonctionne-t-il ? demanda-t-elle finalement. Est-ce que tu comprends tout ce que je dis ? Est-ce que tu as toujours pu me comprendre ?

— "Oui, Lisa, j'ai toujours compris tes paroles, tes gestes, tes émotions. Tous les chiens comprennent beaucoup plus qu'on ne le croit. Nous observons, nous écoutons, nous ressentons. Mais aujourd'hui, pour une raison que j'ignore, tu peux entendre mes pensées, et c'est nouveau."

— Est-ce que... est-ce que cela va durer ?

— "Je ne sais pas. Peut-être est-ce temporaire, peut-être est-ce permanent. Mais ce dont je suis certain, c'est que cette opportunité nous est offerte pour une raison précise."

 

Lisa fronça les sourcils, intriguée.

 

— Laquelle ?

 

Hector sembla hésiter, comme s'il cherchait les mots justes — ou plutôt les pensées justes — pour exprimer un concept complexe.

 

— "Lisa, je vieillis. J'ai déjà douze ans, ce qui est un âge respectable pour un chien. J'ai eu une vie merveilleuse à tes côtés, pleine d'amour et de soins. Mais tous mes semblables n'ont pas cette chance."

 

Lisa sentit son cœur se serrer. L'idée qu’Hector puisse un jour la quitter lui était insupportable.

 

— "Ne sois pas triste," continua-t-il, percevant son émotion. "C'est dans l'ordre des choses. Mais avant de partir, je souhaiterais faire quelque chose d'important. J'aimerais que tous mes congénères puissent connaître le même bonheur que le mien avec toi. Qu'il n'y ait plus de chiens maltraités, abandonnés, chassés, affamés... Et j'ai besoin de ton aide pour cela."

— Mais que puis-je faire ? Je ne suis qu'une enfant ! protesta Lisa, les larmes aux yeux.

— "Justement, Lisa. Les enfants ont un pouvoir que beaucoup d'adultes ont perdu : ils savent encore écouter leur cœur, et ils peuvent faire entendre leur voix d'une façon unique."

 

Lisa réfléchit à ces paroles, caressant distraitement les oreilles de son ami.

 

— Tu veux que je parle à tous les humains ? Qu'est-ce que je devrais leur dire ?

— "Les mots seuls ne suffisent pas toujours, Lisa. Parfois, il faut trouver un moyen de toucher les cœurs, de réveiller les âmes. Et tu as un don pour cela."

— Quel don ?

— "La musique, Lisa. Ta voix, tes mélodies. Je t'entends chanter dans ta chambre, inventer des airs que tu fredonnes en dessinant ou en lisant. La musique est un langage universel, qui traverse les barrières, qui unit les êtres."

 

Lisa resta silencieuse un moment, assimilant cette suggestion inattendue. Il était vrai qu'elle aimait chanter, qu'elle créait souvent de petites mélodies pour elle-même. Mais de là à composer une chanson qui pourrait changer le sort des chiens du monde entier...

 

— Je ne sais pas si j'en suis capable, Hector, avoua-t-elle finalement.

— "Tu n'es pas seule, Lisa. Je suis là. Nous le ferons ensemble. Je t'aiderai à trouver les mots, les notes, pour exprimer ce que nous, les chiens, voudrions dire aux humains si nous le pouvions."

 

Un sentiment étrange envahit Lisa, mélange d'excitation et d'appréhension. Était-il possible qu'une fillette de dix ans et son vieux compagnon puissent réellement faire une différence dans le monde ?

 

— D'accord, Hector. Essayons.

— "Merci, Lisa. Commençons dès maintenant, avant que tes parents ne rentrent. Prends ton cahier de musique et ton crayon. Laisse-moi te guider."

 

Lisa monta dans sa chambre et revint avec un petit carnet aux pages quelque peu jaunies, cadeau de sa grand-mère passionnée de musique, et un crayon bien taillé. Elle s'installa au piano familial, un vieil instrument plutôt désaccordé, mais fonctionnant encore.

 

— Je suis prête, annonça-t-elle, ses doigts effleurant les touches d'ivoire.

— "Ferme les yeux, Lisa.

Imagine-toi d’abord à ma place. Tu as eu une vie heureuse, dans une famille tranquille, auprès d’une amie extraordinaire. Tu leur as donné autant d’amour que tu en as reçu et tu as tout fait pour que votre vie commune soit le plus harmonieuse possible. Imagine-toi ensuite en chien qui n'a jamais connu de foyer et qui a toujours été maltraité, chassé, battu, abandonné, attendant désespérément la douceur d’une main tendue, la chaleur d'une caresse. Que voudrais-tu dire aux humains, si tu pouvais parler ?"

 

Lisa ferma les paupières, se laissant guider par la voix douce d’Hector dans son esprit. Des images défilèrent derrière ses yeux clos : un chiot abandonné sous la pluie, un vieux cabot squelettique au milieu des poubelles, un beau berger retenu par une chaîne trop courte dans une cour délabrée, un bâtard chassé à coups de pierre...

 

 

 

Sans vraiment réfléchir, ses doigts commencèrent à jouer, créant une mélodie simple, mais poignante. Les notes se suivaient avec facilité, comme dictées par une force invisible. Et, presque sans s'en rendre compte, Lisa se mit à chanter. Les paroles vinrent spontanément, formant des couplets et un refrain accrocheur, touchant dans leur fraîcheur et leur sincérité. Lisa plaidait pour l'amour inconditionnel des chiens, leur fidélité, leur patience, mais aussi racontait leur souffrance, face à l'indifférence ou à la cruauté humaine. À travers sa voix d'enfant, c'était les chiens du monde entier qui semblaient s'exprimer.

 

Quand elle rouvrit les yeux, au terme d'une heure d'intense création, la chanson était terminée. Lisa la relut avec étonnement, surprise par la profondeur de ce qu'elle venait d'écrire.

 

— C'est... c'est vraiment moi qui ai fait ça ? murmura-t-elle.

— "Toi et moi, Lisa. Ensemble. Ta voix portait mes pensées, et celles de tous les chiens qui n'ont jamais eu la chance de s'exprimer."

— Et maintenant ? Que faisons-nous de cette chanson ?

— "Nous allons la partager. D'abord avec ta famille, puis avec tes amis à l'école, et peut-être, un jour, avec le monde entier. Les voix des enfants, Lisa, peuvent parfois accomplir ce que les discours des adultes ne parviennent pas à faire."

 

Lisa replia soigneusement la feuille où elle avait noté les paroles et la mélodie de "La Voix du chien" — c'était le titre qui s'était naturellement imposé. Une étrange certitude l'habitait désormais. Cette chanson avait le pouvoir de toucher les cœurs, de changer les regards sur ces êtres fidèles, qui nous accompagnent depuis des millénaires.

 

Lorsque ses parents rentrèrent ce soir-là, ils trouvèrent leur fille transformée, rayonnante d'une énergie nouvelle, impatiente de leur faire découvrir sa création. Hector, couché à ses pieds, semblait partager sa fierté, ses yeux brillant d'une intelligence que les adultes, hélas ! ne pouvaient percevoir.

 

Mais cela n'avait plus d'importance. Grâce à Lisa, la voix d’Hector — et celle de tous les chiens — allait enfin être entendue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'écho d'une mélodie

 

L'auditorium de l'école bourdonnait d'excitation. Parents, enseignants et élèves s'étaient réunis pour le spectacle de fin d'année, traditionnellement fait d'une succession de petites saynètes et de chants interprétés par les différentes classes.

 

Dans les coulisses, Lisa attendait son tour, le cœur battant. Trois semaines s'étaient écoulées, depuis sa première conversation télépathique avec Hector, trois semaines durant lesquelles leur lien extraordinaire s'était maintenu, leur permettant de peaufiner ensemble "La Voix du chien".

 

Lisa avait d'abord chanté pour sa famille. Sa mère avait versé quelques larmes, son père avait froncé les sourcils avant d'admettre que "pour une chanson de gamine, elle avait quelque chose de spécial". Encouragée par cette première réaction, Lisa avait alors fait écouter sa création à madame Jolivet, son professeur de musique.

 

La suite avait dépassé ses espérances les plus folles. Madame Jolivet, visiblement émue, l'avait immédiatement inscrite au programme du spectacle de fin d'année. Mieux encore, elle avait proposé que la chorale de l'école accompagne Lisa pour le refrain, multipliant ainsi l'impact du message.

 

— Lisa, c'est à toi dans cinq minutes, lui annonça la directrice en passant devant elle. Tu te sens prête ?

 

La fillette acquiesça, serrant contre elle la photo d’Hector qu'elle avait glissée dans la poche de sa robe bleue. Son fidèle compagnon n'avait pas été autorisé à venir, mais il était présent en esprit.

"Je suis avec toi, Lisa," entendit-elle soudain dans sa tête. "Je serai toujours avec toi."

 

Un sourire éclaira son visage. Même à distance, leur lien demeurait intact.

 

— À ton tour, Lisa ! lui souffla madame Jolivet, en l'invitant à la suivre sur scène.

 

Le silence se fit progressivement dans la salle, lorsque la petite silhouette de Lisa apparut dans le halo des projecteurs.

 

 

 

Elle semblait si frêle, si solitaire face à l'immensité de la salle. Et pourtant, dès qu'elle commença à chanter, sa voix claire et assurée remplit l'espace avec une intensité surprenante.

 

Les premières notes de "La Voix du chien" s'élevèrent, accompagnées par le piano animé par madame Jolivet. Dès le premier couplet, Lisa sentit l’attention du public se focaliser sur elle, comme si chaque personne présente percevait instinctivement qu’on n’écoutait pas juste une chanson d’enfant.

 

Entends mon cœur, qui ne peut battre que pour toi,

Tout mon bonheur, c’est à toi que je le dois,

Tu as toujours toute ma fidélité,

Et mon amour, pour l’éternité.

 

Au moment du refrain, les trente élèves de la chorale rejoignirent Lisa sur scène, leurs voix s'unissant à la sienne dans une harmonie parfaite.

 

 

 

(chœur)

N’oublie jamais que, comme deux compagnons,

Nous devons tout vivre à l’unisson.

 

Lisa et la chorale enchaînèrent les couplets :

 

Je suis peiné, lorsque je te vois souffrir,

Et rassuré, dès que revient ton sourire.

Je te défends, si je te vois menacé,

Comme ton enfant, il te faut m’aider.

.

(chœur)

N’oublie jamais que, comme deux compagnons,

Nous devons tout vivre à l’unisson.

 

Bien trop de chiens, hélas ! n’ont pas la vie rose,

Pour trop d’humains, un chien, ce n’est pas grand-chose.

Un sale cabot, qui mérite d’être chassé,

Martyrisé et abandonné.

 

(chœur)

N’oublie jamais que, comme deux compagnons,

Nous devons tout vivre à l’unisson.

 

Ce que je souhaite, pour tous les chiens malheureux,

C’est que s’arrêtent, toutes les cruautés contre eux.

Qu’ils soient traités comme nos meilleurs amis,

Avec tendresse jusqu’à l’infini.

 

(chœur)

N’oublie jamais que, comme deux compagnons,

Nous devons tout vivre à l’unisson.

 

Jusqu’à l’interprétation finale du refrain, repris d’une seule voix par toute la salle.

 

Lorsque la dernière note s'éteignit, un silence étrange plana sur l'assemblée. Puis, comme une vague déferlante, les applaudissements éclatèrent, nourris par l'émotion sincère qui avait saisi l'auditoire. Des adultes essuyaient discrètement leurs larmes, des enfants se tournaient vers leurs parents avec des regards suppliants, évoquant soudain ce chien qu'ils réclamaient depuis si longtemps.

 

 

 

Dans les coulisses, Lisa fut accueillie par une madame Jolivet rayonnante.

 

— C'était magnifique, Lisa ! Vraiment ! Je n'ai jamais rien entendu de pareil, venant d'une enfant de ton âge.

— Oh ! merci, madame, répondit Lisa en rougissant.

— Tu sais, poursuivit l'enseignante avec enthousiasme, mon cousin travaille pour une radio locale. Je pense qu'il serait intéressé par ta chanson. Avec l'accord de tes parents, bien sûr.

 

La première diffusion eut lieu un mercredi après-midi sur Radio Mélodie, un canal très populaire auprès des familles. Le succès fut immédiat. Les lignes téléphoniques de la station furent submergées d'appels d'auditeurs émus, demandant à réentendre cette voix si bouleversante d'une enfant qui parlait avec la sagesse d'une ancienne.

 

D'autres chaînes reprirent rapidement le morceau, et en l'espace de quelques semaines, "La Voix du chien" devint un phénomène viral. Sur Internet, des versions amateurs fleurirent, interprétées par des enfants de tous pays, souvent accompagnés de leur propre chien. Des associations de protection animale commencèrent à utiliser le tube pour leurs campagnes de sensibilisation.

 

 

 

Un soir, alors que Lisa s’extasiait devant une vidéo montrant des écoliers japonais chantant sa mélodie dans leur langue, Hector vint poser sa tête sur ses genoux.

 

 

 

— "Tu vois, Lisa, c'est exactement ce que j'espérais. Notre message touche les cœurs, il a modifié les regards."

— C'est incroyable, Hector, murmura Lisa. Je n'aurais jamais imaginé que nous puissions nous faire entendre aussi fort et aussi loin.

— "La vérité a cette capacité de résonner universellement, surtout lorsqu'elle est portée par une voix pure comme la tienne."

— Mais ce n'est qu'une chanson, Hector ! Est-ce que ça suffira vraiment à changer le sort des chiens malheureux ?

— "C'est déjà plus qu'une chanson, Lisa. C'est devenu un mouvement. Regarde où nous en sommes."

 

Lisa pensa à toutes les informations qu’elle recevait chaque jour : des refuges signalant une hausse significative du nombre d’adoptions, des écoles ajoutant des programmes sur le bien-être animal, des villes durcissant leur législation contre la cruauté…

 

— Tu as raison, reconnut-elle. C'est comme une onde qui se propage, qui touche de plus en plus de personnes.

— "Et ce n'est que le début, Lisa. Ce que nous avons commencé continuera longtemps après nous."

Épilogue : La mélodie éternelle

 

Cinq ans s'étaient écoulés depuis le jour où Lisa avait entendu, pour la première fois, la voix d’Hector dans son esprit. Cinq années, pendant lesquelles leur chanson avait fait le tour du monde, traduite en plus de cinquante langues, devenant un hymne universel à la protection animale.

 

Lisa avait maintenant quinze ans. Installée dans le jardin familial, à l'ombre généreuse du grand chêne, elle contemplait la tombe simple, mais élégante, sur laquelle était gravé le nom d’Hector.

Il les avait quittés deux ans plus tôt, paisiblement, dans son sommeil, après avoir connu la joie immense de voir leur mission commune porter ses fruits.

 

Lisa caressa doucement la dalle tiédie par le soleil, un léger sourire aux lèvres malgré la mélancolie qui l'habitait encore parfois.

 

 

— Tu avais raison, Hector, murmura-t-elle. Notre mélodie poursuit son chemin, même sans toi.

 

Car les chansons sincères ne meurent jamais vraiment. Elles continuent à résonner dans les têtes et dans les cœurs, à traverser les frontières, à inspirer les âmes, comme un pont invisible entre tous les êtres capables d'amour et de compassion.

Et c'était là le plus beau des héritages qu’Hector pouvait laisser à sa jeune amie : la certitude qu'une seule voix — celle d'un enfant, celle d'un chien, peu importe — peut suffire à changer le monde, un cœur à la fois.

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LE CHIEN TOUJOURS PERDU

Renée Jayez

 

 

Il est maigre et tremblant le pauvre chien sans maître,

Le chien toujours perdu venant on ne sait d’où…

Il est triste, il est las, il est humble et peut-être

En secret rêve-t-il d’une corde à son cou…

 

Nulle main n’a jamais caressé son échine,

Cette échine où l’on peut sur la pointe des doigts

Compter de frêles os, et qui basse s’incline

Quand un regard humain l’accable de son poids.

 

Nulle voix n’a jamais éveillé son oreille

Qui n’ait eu des accents rudes ou querelleurs.

À chaque porte il faut qu’une colère veille

Pour l’affoler encore et le jeter ailleurs.

 

Son chemin est pavé de haine et de rancune.

Il ne sait que la fuite et les bonds éperdus.

Quand on l’attend, c’est que sa mauvaise fortune

Prépare d’autres coups à ceux déjà reçus.

 

Et, toujours aux aguets, sa course fugitive

L’entraîne si longtemps dans des horizons vains

Qu’il chancèle parfois au hasard d’une rive ;

Son fardeau brusquement est trop lourd à ses reins.

 

Alors, le flanc battant et la langue baveuse,

Une écume de sang en brouillard à ses yeux,

Il repose en tremblant sa carcasse honteuse ;

Son vieux cœur inquiet halète miséreux.

 

Ses regards implorants se tournent vers le monde.

Il ne demande pas de geste de pitié.

Il voudrait simplement qu’une grâce profonde

Lui permît un instant, enfin, d’être oublié.

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