
Extrait
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En refermant la porte, elle passa sans transition du monde de la foule et de la lumière, à celui de la petite route déserte et mal éclairée. Elle frissonna et remontant le col de son blouson, partit d’un pas rapide vers le village. Mais trois cents mètres, c’est long et elle eut tout loisir de retrouver ses angoisses d’enfant, quand, pour l’aider à les surmonter, ses parents l’incitaient à aller chercher, dans l’obscurité complète, un objet au fin fond du sous-sol. Sur ce trajet pourtant très court, elle avait le temps de distinguer et même de se sentir frôlée par mille silhouettes mystérieuses, qui l’amenaient à courir et à buter sur tous les obstacles, avant de ressortir transie, mais victorieuse.
Sur son chemin ce soir-là, c’était différent, la voie était éclairée, mais si faiblement qu’elle réveilla, chez Sylvia, des sensations profondément enfouies. Jetant un regard en arrière, elle ne vit rien et pressa le pas.
Interminable, ce chemin ! maudit-elle, quelle idée ont eue nos élus, d’installer cette salle aussi loin du village !
C’est en arrivant à mi-chemin que, se retournant une nouvelle fois, elle devina à quelque cinquante mètres derrière elle, une grande forme sombre encapuchonnée. Il ne lui en fallut pas plus pour se mettre à courir.
Las, la silhouette en fit de même, allant plus vite qu’elle.
Terrorisée, Sylvia lança toutes ses forces dans sa fuite, droit devant elle, se retenant de crier, de penser à autre chose qu’à ses jambes. Malgré sa galopade désespérée, elle entendit le souffle de sa poursuivante de plus en plus proche, de plus en plus haletant, jusqu’à ce qu’elle sente une main lui saisir le bras. Elle crut s’effondrer et ouvrit la bouche pour hurler.
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